Murmures

L'amour

 Poésie

 

 AMANTS

 

     Dans un nid d'herbe au creux des dunes,

     Un homme, nu,

     Est allongé contre

     Une femme, nue.

     Ils se caressent et ils s'embrassent ;

     Ils se tiennent par la main,

     Et ils se tiennent par 1es yeux.

     « Tu es mon soleil.

     -Et toi mon ciel bleu. »

     Et, sur 1'océan de leurs rêves,

     Dans leur bateau de papier,

     Ils se font un coin à eux

     Pour un morceau d'éternité.

 

  

COQUELICOT

 

                  Coquelicot,

                  tu dis mon nom

                  Ton corps se tend ;

                  Coquelicot,

                  Je dis ton nom

                  Ton corps se fend.

                  La pointe de ton sein

                  Se dresse sous mes doigts,

                  Ta main cherche ma main

                  Et te voilà à moi

                  Joli coquelicot ;

                  Dans l'herbe qui nous cache

                  mon corps au tien s'attache

                  Et me voilà à toi

                  Mon coquelicot.

 

FEMME  FLAMME

 

                                        Femme flamme

  Flamme femme

  Femme feu

  Vous me brûlez.

  Femme flamme

  Flamme femme

  Je me brûle

  À vos baisers.

 

  Femme chandelle

  Ne me chauffez pas beaucoup,

  Femme cierge

  Que l'on n'allume qu'à genoux,

  Femme braise

  Qui sous la cendre couvez,

  Femme braise

  Que mon souffle vient rallumer.

 

  Femme incendie,

  Trop vite vous m'embrasez,

  Femme étincelle

  Trop vite vous éteignez,

  Femme soleil

  Vous me brûlez les ailes,

  Femme soleil,

  Me faites bleu le ciel.

 

  Femme tison,

  Au rouge vous me marquez,

  Femme brasier

  Dans vos bras me consumez,

  Femme veilleuse qui me rallumez,

  Femme veilleuse,

  Vous me réveillez.

 

 

JAMAIS CONTENTES

 

               J’ai honte de mes seins d’enfant

               me dit-elle durant l’amour.

Vois, ma dame d’atours

En vain veut les rendre arrogants.

 

À la bouche -elle ne l’eut toléré autrement-

Je gonflai ses seins mignons.

Une fois les trouva trop longs,

Une autre les jugea trop grands.

 

Trop gros, trop fins, trop pointus,

 Leur volume  jamais ne seyait,

 Et si le galbe lui agréait,

 Bientôt elle n’en voulait plus

 

 Au matin, las, lui rendis les seins que j’aimais.

         Mutine à sa psyché, dans une moue charmante,

« -Vois comme je suis contente, dit-elle,

C’est tout à fait ainsi que je les voulais ! »

 

   

J’IRAI

 

      J'irai, au creux de mes mains, chercher pour toi de la lumière.

      j'en ramènerai de Volubilis, de celle, dorée, qui baigne au matin les chapiteaux,

      J'en puiserai une poignée, bleutée, au fond d'une empreinte de pas,

      Dans les neiges de l'Atlas ;

      J'en saisirai une pincée sur les murs de Rabat, un jour de grand soleil

      J'en cueillerai un éclat, de celle qui rosit le Sebou

      Au petit matin des rameurs.

      Et puis, je choisirai un de ses plus doux reflets

      Sur les remparts ocre de Marrakech,

      Tu sais, de celui qu'ont filtré 1es bougainvillées.

      J'y ajouterai un grand rayon de celle qui embrase la plage de Médhya

      Aux midis d'août.

      Alors, je reviendrai ouvrir mes mains devant ton visage,

      Et toute cette lumière illuminera tes yeux

      Ou elle allumera des milliers d'étoiles

      Qui me feront un ciel d'été.

 

                           

MÉMOIRE

 

        Quand je t'étends sur le sable chaud de ma mémoire,

        Tes baisers sous mes lèvres ont encore le goût

        Du sable de Médhya,

        Tes cheveux sentent le soleil et l'eau,

        Tes yeux reflètent un immense ciel bleu

        Dans le grondement des vagues qui roulent.

MON DOUX COEUR

 

             Ta présence m’est douceur

             Ton absence m’est douleur

             Tu es si bien présente

             Quand tu es présente

             Ma douceur !

             Et comme tu es absente

             Quand tu es absente

             Mon doux cœur !

             Et s’il t’arrive d’être absente

             Lorsque tu es présente

             Tu es toujours présente

             Lorsque tu es absente

             Ma douleur !

 

PROVERBE

 

             En avril,

             Je te découvris d’un fil.

             En tirant dessus

             Toute la robe est venue.

             En mai, nous avons refait

             Ce qui tant nous plut

             Quand en avril

             Je te découvris d’un fil.

 

                                         

   RENCARD

 

               "-Sur les coups de cinq heures

               Ma belle amante

               Devant le jardin des plantes

               Voyons-nous tout à l'heure !

 

               -J'y serai -dit-elle mon cher !

                Sur moi vous pouvez compter

                J'en suis déjà émoustillée,

                Il m'importe tant de vous plaire »

 

               Au jardin, j’étais en avance

               Pour voir s'approcher la belle,

               Ses frous-frous et ses dentelles,

               Son corps, qui à chaque pas danse.

                  

               Je sentais flotter dans l’air

               Comme un relent de romarin.

               Des senteurs de serpolet, de thym

               Vers moi montaient de la terre.

                  

               Cinq heures sonnèrent.

               Et dix et vingt.

               Ce soir-là ma belle en vain

               J'attendis, un peu amer.

 

               Et je compris alors soudain

               Pourquoi ces parfums de garenne,

               À mon nez portaient leur haleine :

               Elle m'avait posé un lapin.

 

             

TON NOM

  

             J'ai écrit ton nom sur le sable,

             La mer l'a effacé.

           

             J'ai confié ton nom à la brise,

             Le vent l'a emporté.

        

             J'ai dit ton nom aux bois,

             Les arbres l'ont étouffé.

 

             Alors tu es passée

             Et je t'ai appelée,

 

             Mais tu as continué

             Sans te retourner,

 

             Et je suis resté seul

             Et ne sais plus ton nom.

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