Murmures

Le Maroc

   Poésie

 

ALLUME LE SOLEIL

    

   Allume le soleil.        

   ici, Les toits, les gens, le ciel, tout est gris...

Là-bas, à Marrakech, les orangers sont des bouquets parfumés ;

Les murs ocre se détachent sur le vert

De la palmeraie ;

Dans le lointain, les neiges de l'Atlas

Se découpent sur le ciel de mai,

          Bleu, bleu, bleu...

 

          Allume le soleil.

          

 Ici, la bruine et le vent, le vent et la bruine...

 Là-bas, aux Oudaïas de Rabat,

 Les cigognes, la tête renversée, claquent du bec

 Sur les remparts de terre éclaboussés de soleil ;

  L'éclat des murs blancs de Salé

  Ne ternit pas celui de la mer,

                  Bleue, bleue, bleue...

 

                  Allume le soleil.

                

  Ici, nous nous emmitouflons dans nos manteaux,

  Nos cache-nez...  

  Là-bas, à Volubilis, la plaine est couverte de fleurs

  Qui mêlent leurs couleurs comme sur un tapis de Rabat ;

  Des colonnes de marbre, des meules de lave, des mosaïques

  Monte la chaleur ;

  À l’horizon,derrière les collines mauves,la brume est

                  Bleue, bleue, bleue...

 

                  Allume le soleil.

          

  Ici, L'ombre l'emporte sur la lumière...                  

  Là-haut, à Imlil, les poèmes improvisés des berbères

  Se répondent l'amour, des sommets aux fonds des vallées ;

  Entre les amandiers en fleurs, le vert neuf des noyers

  Et les neiges de l'Atlas,

  Montent dans l'air pur des fumées

                   Bleues, bleues, bleues...

 

                  Allume le soleil.

 

                  Et puisque dehors il pleut

                  Donne-moi la lumière de tes yeux

                  Bleus, bleus, bleus...

                                                            

   JE NE SUIS PAS D'ICI

 

   Je ne suis pas d'ici,

   votre pays n'est pas le mien.

   Mon pays, ce sont mes souvenirs.

   Il y a dans un coin de ma tête,

   Un grand morceau de bled marocain ;

   Les alouettes s'y suspendent au ciel par le bec

   Pour applaudir le soleil levant ;

   Le fenouil y cache les asperges sauvages,

   Parmi les touffes de doum ;

Les figuiers du bord de l'oued

Y offrent leur asile aux midis brûlants.

  Un minaret éclatant de lumière

  Y prolonge une ruelle d'ombre bleue ;

  Un petit bourricot couvert de mouches

   Y emporte la mélopée d'un ânier

   À petits pas saccadés.

   Je ne suis pas d'ici,

   Votre pays n'est pas le mien.

   Mon pays, c'est ma jeunesse.

   Il y a, dans un coin de ma tête

   Un appel de muezzin, au nuits de Ramadan,

   Un vol de criquets y obscurcit le ciel

   Avant de s'abattre sur ses jardins ;

   Un enclos de cactus y dissimule des huttes de paille.

Mon pays, il est tout entier dans ma tête.

 Il est le parfum des orangeraies

Dans la douceur de la nuit.

  Il est l'odeur d'épices mêlés d'un souk,

  Il embaume le thé à la menthe et la pâte d'amande.

  Ici, il peut faire froid,

  Dans ma tête le soleil est chaud.

  Ici, iI peut faire gris,

  Dans ma tête, il y a tant de lumière

  Que je cligne des yeux.

  Alors, il faut me pardonner,

  Les jours de temps d'ici,

  Si je rentre dans ma tête,

  Je ne suis pas d'ici.  

   

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