Murmures

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Alouette, gentille alouette

 

                          I

 

       Dans son miroir l'alouette

       ce matin s'est regardée.

   "-Mon Dieu ! Mon Dieu quelle tête !

    Comme me voilà plumée ! "

 

   Volent les plumes, les plumes volons

   Nous aurons de douces couettes

   Et de moelleux édredons.

 

                         II

 

    Elle la connaissait pourtant

    La chanson du percepteur

    Celle qu'on chante aux enfants

    En leur déplumant le coeur.

 

    Volent les plumes, les plumes volons

    Nous aurons de douces couettes

    Et de moelleux édredons.

 

                        III                                                    

 

    Alouette, gentille Alouette,

    Le bec nous te plumerons.

    Lui ont arraché Pauvrette

    Le bec avec la chanson.

 

    Volent les plumes, les plumes volons

    Nous aurons de douces couettes

    Et de moelleux édredons.

                   

                            IV

      

        Alouette, gentille Alouette

        Les pattes nous te plumerons.

        Et si jamais tu rouspètes

        Tes chaussures nous prendrons.

 

        Volent les plumes, les plumes volons

        Nous aurons de douces couettes

        Et de moelleux édredons.

 

                          V

 

        Alouette, gentille Alouette

        La queue, les ailes et puis tout

        Lui plumèrent aussi la tête

        Lui plumèrent aussi le cou.

 

        Volent les plumes, les plumes volons

        Nous aurons de douces couettes

        Et de moelleux édredons.

 

                         VI

 

        Alouette, gentille Alouette

        N'avait plus même au croupion

        La moindre plume coquette

        Pour écrire ses chansons.

 

        Volent les plumes, les plumes volons

        Nous aurons de douces couettes

        Et de moelleux édredons.

              

                        VII

 

    Dans son miroir Alouette

    Ce matin s'est regardée

    Et quand elle a vu sa tête

    À gros sanglots a pleuré.

 

    Volent les plumes, les plumes volons

    Nous aurons de douces couettes

    Et de moelleux édredons.

 

                        VIII

 

    Ô vous les chasseurs de plumes

    Les remplisseurs d'édredons

    Les beaux messieurs en costumes

    Un jour nous la vengerons.

    Nous vous vol'rons dans les plumes

    Qu'à Alouette nous rendrons.

 

    Volent les plumes, les plumes volons

    Nous vous reprendrons les couettes

    Et les moelleux édredons

    Pour les rendre à Alouette

    Pour lui rendre ses chansons.

    

 

 

CONSEIL DES MINISTRES

 

                   Autour du président à tête d’œuf

                   était réuni un conseil des ministres ;

                   Et le premier sinistre

                   Parlait de la voix de ceux-qui-en-mènent-large :

                   Rien, messieurs, rien

                   Ne me fera reculer

                   Dans mon programme d'austérité ;

                   Ni les travailleurs des villes,

                   Ni les travailleurs des champs,

                   Ni ceux qui me croient débile,

                   Ni ceux qui me trouvent méchant.

                   Et puisque pour les riches il y a un problème,

                   Penchons-nous, messieurs,

                   Penchons-nous sur ce problème.

                   Alors, le président

                   Et tous les ministres,

                   Jusqu'au dernier sinistre

                   Se penchèrent sur le problème,

                   Sur le terrible problème des riches

                   Qui est tellement important.

                   Et ils se penchèrent tant

                   Que tous tombèrent dedans ;

                   Et ça fit quelques petits

                   Plouf ! plouf ! plouf !

                  

                   Alors, la vie, la vraie vie

                   A commencé pour des millions de gens.

      

 

 

   LA RÉVOLUTION

 

 

                                      La révolution, c'est une camarade ;

                                      Elle est belle,

        Elle a un œillet rouge dans les cheveux

        Et elle rit.

        Elle n'a pas de visage

        Mais elle a tous les visages des femmes qui luttent :

        Le beau visage des filles de vingt ans,

        Les traits marqués des ouvrières d'usine,

        Les rides profondes de Dolorès Ibarruri.

        La révolution, c'est une camarade,

        Elle est belle,

        Elle a un œillet rouge dans les cheveux

        Et elle crie.

        Elle crie sa révolte de se voir mutilée,

        Elle crie de voir mutilés ses enfants,

        Elle crie que c'est assez, qu'elle n'en peut plus,

        Qu'il faut changer cette société

        Où ce sont toujours 1es mêmes

        Qui n'en peuvent plus de n'en plus pouvoir.

        Elle crie qu'elle sait bien

        Comment les hommes vivront un jour,

        Égaux, frères, libérés,

        Et qu'il serait bien temps de commencer.

        La révolution, c'est une camarade ;

        Elle est belle,

        Elle a un œillet rouge dans les cheveux

        Et elle lutte, et elle vit.

 

       

LES ŒILLETS ROUGES

 

                  Sur les tables du congrès,

                  aux boutonnières, dans les mains et les cheveux,

                  Ont soudain éclos des centaines d'œillets rouges,

                  Tels des éclats du soleil

                  Que 1es camarades avaient dans le cœur.

                  Ce soleil de 1'amitié, qui riait dans les yeux ;

                  Ce chaud soleil de la fraternité internationale

                  Qui éclatait dans l'ovation aux camarades Vietnamiens.

                  Et ce furent comme des centaines de petits soleils

                  Brandis à bout de bras

                  Devant les caméras de la télévision

                  Pour réclamer la liberté de l'information,

                  Des centaines de petits soleils à la bouche des camarades,

                  Des centaines de petits soleils qui faisaient comme un bouquet

                  D'amour, de chaleur et d'espoir ;

                  Des centaines de petits soleils

                  Comme un grand bouquet de jeunesse et d'enthousiasme.

                  Que vous étiez belles, mes camarades,

                  Votre œillet rouge au corsage ou dans les cheveux,

                  Clamant votre certitude qu'un jour,

                  Oui, bientôt, tous les hommes et toutes les femmes

                  Auront un œillet rouge au coeur.

 

 

LA MÉDAILLE

 

                       Quand tu auras été pendant quarante ans

                       Créateur exténué de plus-value,

Quand tu seras usé, rendu, mort.

Après des années de rendement, de cadences et d’esclavage,

Tu seras récompensé mon camarade,

Tu auras la Médaille !

 

Quand tu auras mis au monde une dizaine de petits producteurs,

Quand tu seras vieille, cassée, morte.

Après des années de lessives, de vaisselles et de bourse vide,

Tu seras récompensée ma camarade,

Tu auras la Médaille !

 

Quand tu auras cassé du « bougnoule »

Sur tous les fronts de l’exploitation coloniale,

Quand tu seras estropié, mutilé, mort.

Après des années de garde-à-vous, de gégène et de massacres,

Tu seras récompensé comme tes camarades,

Tu auras la Médaille !

 

Mais, quand tous les médaillés

Trompés, assassinés, morts,

Comprendront l’insulte qui leur est faite,

Le mépris dans lequel on les tient,

Ils jetteront leurs médailles au feu

Et les médailleurs avec.

 

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